Le père Roland Demers : quatre décennies de foi, de service et de rencontres
Nous avons la chance, à Hudson, de pouvoir compter sur la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin, guidée par le curé-pasteur Marceliano Serrato et enrichie par la présence du curé émérite Roland Demers, avec qui j’ai récemment eu le plaisir de m’entretenir.
Jovial, charismatique et animé d’une remarquable joie de vivre, le père Demers m’a raconté les moments marquants d’un parcours aussi riche qu’exceptionnel. À 90 ans, il porte un regard à la fois lucide, reconnaissant et profondément humain sur une vie consacrée à la foi et au service des autres.
Au cours de ses 42 années de ministère sacerdotal, il a notamment passé trois ans au Chili comme missionnaire. Sa mission consistait à accompagner une communauté villageoise dans ses efforts pour sortir de la pauvreté. Il tenait toutefois à préciser qu’il ne s’agissait aucunement d’imposer un mode de vie ou une vision occidentale. Son désir était plutôt de s’intégrer pleinement à la communauté, d’en comprendre les coutumes et d’en respecter la culture. Cette immersion lui a également permis d’apprendre l’espagnol, qui s’ajoute au français et à l’anglais parmi les trois langues qu’il maîtrise.
Son séjour au Chili l’a profondément marqué. Il y a découvert une société dans laquelle l’Église et la foi occupaient une place importante au cœur de la vie communautaire. Cette réalité contrastait fortement avec les transformations qu’a connues le Québec au cours des dernières décennies.
Le père Demers reconnaît que l’Église québécoise a longtemps exercé une influence trop rigide sur la vie des gens, ce qui a provoqué une importante réaction de rejet. À ses yeux, la diminution du nombre de prêtres et la disparition progressive de l’enseignement religieux dans les écoles ont également contribué à éloigner la population de la pratique religieuse. Il observe qu’en Ontario, la foi conserve encore une présence plus visible dans certaines institutions scolaires, tandis qu’au Québec, la société s’est largement détachée de son héritage religieux.
Cette évolution l’amène à réfléchir avec tristesse à la détresse vécue par certains jeunes. Il s’interroge notamment sur les tragédies qui ont touché plusieurs familles de Hudson. Sans prétendre en connaître les causes, il se demande si l’individualisme grandissant, l’isolement et l’absence de repères ou de modèles peuvent accentuer le sentiment de vide ressenti par certains. Pour lui, les jeunes ont avant tout besoin d’écoute, de présence, de liens humains solides et d’un véritable sentiment d’appartenance.
Le père Demers a longtemps œuvré auprès de la jeunesse. De 1969 à 1985, il a été affecté à l’école secondaire de la Cité-des-Jeunes, où il avait pour mission d’initier les élèves à la foi chrétienne. Il a également exercé son ministère à Pincourt de 1979 à 1985. Il a été désigné le curé à l’église St- Thomas-D’Aquin à Hudson en 1980
Dans cette communauté majoritairement anglophone, il a remarqué que les célébrations en anglais attiraient une assistance nombreuse, comprenant plusieurs jeunes, tandis que les messes en français étaient généralement moins fréquentées. Cette différence n’a cependant jamais provoqué de tensions dans son ministère. Selon lui, les communautés linguistiques de Hudson ont toujours su entretenir entre elles un véritable respect.
Ce même esprit d’ouverture se manifeste entre les différentes confessions chrétiennes de la région. Chaque année, en janvier, la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens rassemble les communautés catholique, unie et anglicane de Hudson. Cette célébration témoigne de leur volonté commune de privilégier le dialogue, la solidarité et ce qui les unit.
Le père Demers est également très fier de ses origines. Né à Valleyfield, il est issu d’une famille dont les racines se trouvent dans le comté de Lotbinière, au Québec. Il évoque avec plaisir le lien de parenté qui unit sa famille à la grande écrivaine Gabrielle Roy, par l’entremise d’une cousine de sa grand-mère paternelle.
Lorsque je lui ai demandé comment il envisageait l’avenir, il est revenu sur les profondes transformations de la société québécoise. Selon lui, après avoir longtemps occupé une place trop imposante, la religion a fait l’objet d’un rejet presque total. Il croit pourtant que la foi, lorsqu’elle est vécue librement et avec bienveillance, peut offrir un soutien précieux dans les périodes difficiles. Il regrette donc que les jeunes aient aujourd’hui si peu d’occasions de découvrir la spiritualité ou de réfléchir aux grandes questions de l’existence dans leur parcours scolaire.
Nous avons également abordé la question du célibat des prêtres. Le père Demers estime que ce choix lui a donné la liberté et la disponibilité nécessaires pour se consacrer pleinement à sa vocation et à la communauté. Il affirme que, s’il avait choisi de se marier, il n’aurait probablement pas emprunté la voie du sacerdoce.
Parmi les expériences les plus mémorables de sa carrière figure un mariage qu’il a célébré à la cathédrale Saint-Patrick de New York. Après avoir été présenté dans le magazine Weddingbells, il s’est vu ouvrir des portes auxquelles il ne se serait jamais attendu. Transport en limousine et séjour au célèbre Waldorf Astoria faisaient partie de cette aventure hors du commun, qu’il évoque encore comme un souvenir inoubliable.
lI m’a également raconté sa rencontre avec le jeune acteur américain Macaulay Culkin, célèbre pour son interprétation de Kevin, un garçon de huit ans, dans le film Home Alone — connu en français sous le titre Maman, j’ai raté l’avion ! Selon les souvenirs du père Demers, une scène du film aurait été tournée à l’église Saint-Thomas-d’Aquin de Hudson, ajoutant ainsi une page inattendue à l’histoire de cette paroisse.
Le père Demers parle aussi avec émotion de la grande générosité des gens de Hudson. Au fil des années, la communauté a offert de nombreux dons à la paroisse, notamment des meubles pour aménager les espaces de vie. Il se souvient tout particulièrement de la générosité de Charlotte Hinse et de son défunt mari, Jack, avec lesquels il avait tissé des liens très profonds. Il portait d’ailleurs avec une grande fierté certains vêtements ayant appartenu à Jack.
J’ai moi-même eu le bonheur de photographier la célébration du 85ᵉ anniversaire de Charlotte, magnifiquement organisée par Mélanie et Sean. À cette occasion, le père Demers lui avait remis une lettre de Sa Sainteté le pape, ajoutant une dimension particulièrement émouvante à cette journée mémorable.
Au cours de sa vie, le père Demers a rencontré de nombreuses personnalités, notamment Jean Chrétien, Maurice Richard, Yves Duteil, Jane Birkin et Diane Dufresne, pour laquelle il nourrit une admiration et une affection particulières. Il travaille actuellement à la rédaction de ses mémoires, dans lesquelles une page entière sera consacrée à ses rencontres avec des figures marquantes des milieux artistique, politique et sportif.
Nul doute que ces mémoires seront passionnants. Ils porteront la signature d’un homme profondément attachant, dont la foi, la curiosité et la générosité ont façonné une existence exceptionnelle. À 90 ans, le père Roland Demers conserve une énergie remarquable et une passion pour la vie qui ne semblent aucunement vouloir ralentir.
Le père Roland Demers avec Paula Mesa du Manoir Cavagnal, une photo avec Sa Sainteté le Pape, les médailles et les lettres de reconnaissance dont celle du Premier Ministre, Marc Carney
Photo avec la défunte Corazon (Cory) Aquino, Présidente des Philippines de 1986 à 1992
La générosité de Charlotte Hinse qui a offert l'ameublement du presbytère
Le Père Demers qui porte les vêtements de Jack, le défunt mari de Charlotte
Photos Diane Dufresne et de l'acteur américain, Macaulay Culkin, célèbre pour son interprétation de Kevin, un garçon de huit ans, dans le film Home Alone




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